MME SEGUY, FEMME DE LETTRES ET DES
ARTS
Dans le microcosme franco-pondichérien,
une figure qui sort de l'ordinaire, Mme Séguy ne fait pas partie
du cliché traditionnel "M. le Consul de France représente
la France et sa femme s'occupe des associations caritatives".
Mme Séguy est surtout peintre, écrivain et conteuse avant
d'être femme de consul. Elle ne néglige pas pour autant
les bonnes uvres auxquelles elle s'intéresse avec cette
sensibilité particulière de femme de lettres et des arts.
On a l'impression qu'elle a une passion pour les trajets apparemment
égarants - pourquoi prendre le risque de peindre et exposer,
écrire et publier quand on est femme de Consul. C'est cette question
qui nous vient à l'esprit quand on entend parler d'elle sans
avoir vu ses peintures ni lu ses livres et surtout sans avoir rencontré
Martine Quentric Séguy. Quand j'ai demandé une interview
pour le Trait d'Union, elle a accepté tout de suite de me recevoir.
L'exposition de ses peintures à Aurodhan Art- Gallery de Pondichéry,
du 9 avril au 7 mai 2003, intitulée " Aum and Prem "
a eu un franc succès. Le produit de la vente ira aux associations
caritatives.
Quand nous entrons dans la salle d'exposition, nous avons l'impression
qu'une porte s'ouvre et nous pousse vers un monde intérieur et
immortel rythmé par les mantras et avec un fond sonore du OM
primordial. La charge spirituelle de chaque tableau peut être
sentie en faisant abstraction de soi en tant que personne sociale et
en libérant ce " regard tranquille " qui est au fond
de nous " comme un il prolongé jusqu'au paradis "
comme dit le RigVeda (L 17.21).
Le support de l'uvre est aussi important que l'oeuvre elle-même
et quelquefois c'est le support qui dirige ses pinceaux pour arriver
à exprimer son imaginaire avec une facture particulière
" J'ai une conversation avec le papier " dit-elle. Elle peint
sur un papier spécial fabriqué par les ateliers d'Auroville
Les différentes feuilles de la flore pondichérienne sont
imbriquées dans ce papier.
Mme Séguy a écrit plusieurs livres :
Ni Maître ni Disciple (Essai) Éd. Le Fennec 1994.
Ce livre tente de parcourir la Voie du disciple.
Au bord du Gange Ed. du Seuil 1998 Contes pour adultes et adolescents
(Traduit en tchèque et castillan). Ces contes pour adultes et
adolescents entendus aux pieds de Sages indiens permettent de parcourir
les "préalables" au cheminement spirituel.
Ce rien qui est Tout (Traduction et exégèse) Ed.
Les Deux Océans 1999. Le " Nirvanasaktam ", texte de
Sankara traduit et interprété en fonction de l'oeuvre
du maître védantin dont il résume l'essentiel de
l'enseignement.
Terreur, le Cheval Merveilleux (contes pour enfants) Ed. Tisseyre-Quebec
2001 qui montre combien l'amitié est un bien précieux
qui n'a pas de prix.
Contes indiens. Ed. Les Deux Océans, 2002, des contes
de sagesse, de bon sens, d'humour (pour adolescents et adultes.)
Contes des sages de l'Inde. Ed. du Seuil, mai 2003. Un choix
de contes d'Au bord du Gange illustré de reproduction de peintures
mogholes.
Elle a traduit Contemplez ces vérités. Ed. Terre du ciel
2002. Ce livre réunit 75 causeries de Swâmi Chidananda
En cours de publication : " Facettes de l'Hindouisme "
Ed. Les deux Océans.
Dans ces livres qui sont à la bibliothèque de l'Alliance
Française nous trouvons une reconfiguration de la philosophie
indienne telle qu'elle neutralise certaines des dimensions intérieures
angoissantes comme le complexe d'infériorité la peur,
la colère qui paralysent l'action, en libérant la confiance
à la vie.
INTERVIEW
Le Trait d'Union : Votre intérêt pour l'Inde est-il
récent, c'est à dire depuis la nomination de votre mari
comme Consul Général de France à Pondichéry
?
Mme Séguy : C'est exactement le contraire ; c'est ma passion
pour l'Inde qui a poussé mon mari à demander un poste
en Inde, en l'occurrence à Pondichéry.
Le TU : Pourquoi la peinture comme mode d'expression ?
Mme Séguy : J'ai appris à peindre avant même
de savoir lire et écrire. Mon père était un artiste
peintre. Étant enfant, quand je m'ennuyais, il avait l'habitude
de dire de prendre mes pinceaux et de peindre. Et depuis, je continue
à peindre. J'ai déjà exposé en France.
L'exposition " Aum and Prem " à Pondichéry,
est arrivée fortuitement. Quand nous sommes arrivés au
consulat de Pondichéry, j'ai constaté qu'il n'y avait
que très peu de tableaux (sur les murs du consulat). Alors j'ai
décidé avec l'accord de mon mari de décorer le
consulat avec mes peintures. Quand j'ai envoyé mes peintures
pour les encadrer chez Aurodhan Art Gallery, un des endroits où
on fait de bons encadrements de tableaux, le propriétaire m'a
proposé de faire une exposition et j'ai accepté avec l'idée
de verser le produit de la vente de mes tableaux à des uvres
sociales de Pondichéry.
Le TU : Parmi tous les tableaux que vous avez exposés
à Pondichéry lequel préférez-vous ?
Mme Séguy : C'est très difficile de répondre.
Je les aime tous. Chaque tableau a une signification pour moi. Mais
le triptyque " les tuiles " a une connotation affective pour
moi.
C'est un clin d'oeil à mon amie Brigitte Senecca, professeur
d'art à Macon qui m'a beaucoup aidé à faire évoluer
ma façon de peindre. Chaque volet représente une étape
dans l'évolution de mon regard, de la simple observation de l'objet
on arrive à l'essence, à l'esprit même de cet objet
en passant par la représentation cinétique de cet objet.
Le TU : Maintenant abordons l'autre facette de Martine Quentric
Séguy. Pourquoi cette passion pour la philosophie indienne, le
Védanta, le bouddhisme ?
Mme Séguy : À 21 ans j'ai voulu devenir religieuse.
Une religieuse m'a conseillé de voyager et de connaître
d'autres horizons avant de prendre ma décision. Ce qui m'a amené
à aller travailler à l'Ambassade de France au Pakistan
où j'ai rencontré les soufis. Un peu plus tard, nous sommes
venus à l'ambassade de France à New Delhi, parce que j'étudiais
le Védanta depuis plusieurs années. Et j'ai suivi les
préceptes d'un Guru à Rishikesh.
Ainsi par glissement successif, en ayant lu beaucoup de livres sur la
philosophie indienne et ayant rencontré des vrais gurus je suis
devenue ce que je suis maintenant.
Le TU : Comment êtes vous arrivée à écrire
des livres sur les contes indiens?
Mme Séguy : Après mes multiples séjours
en Inde, mon comportement devant la vie avait changé. Par ma
fonction de psychothérapeute je suis amenée à aider
beaucoup de gens en les voyant individuellement ou par des conférences.
Mes amis m'ont demandé d'écrire un livre à partir
de ces conférences. J'ai constaté que les contes étaient
un genre plus facilement accessible aux gens et qui les aident à
mieux comprendre la vie et à bien réagir devant ses aléas.
D'où la publication de ces livres de "Contes indiens".
Le TU : Vous écrivez des contes, vous êtes aussi
une conteuse de talent.
Mme Séguy : Un jour,
je dirigeais un atelier de psychothérapie. Dans le même
lieu, il y avait un autre atelier de conte avec Henri Gougaud. Un étudiant
est venu pendant la pause, interpeller, une autre étudiante lui
demandant de venir au cours de conte où elle est inscrite normalement.
"Je ne perds rien, ici il y a le conte et la psychothérapie"
fut la réponse. Henri Gougaud m'a demandé plus tard d'écrire
pour le Seuil. Puis des ateliers contés, m'ont été
demandés. C'est comme cela que tout a commencé.
ROLLIN Albert