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La Revue d'Auroville -
Novembre 2005
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INTERVIEW de Martine Quentric-Séguy Par Eric Avril |
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D'abord il y eut les contes d' "Au bord du Gange
", dont certains sont plus difficiles. Ils suivent une progression
naturelle essayant de répondre à tous les préalables
qu'un disciple du védanta (l'une des voies de l'hindouisme) doit
d'abord satisfaire: sincérité, aspiration, etc. Ces préalables
me semblent essentiels à toute quête spirituelle. "Contes des sages de l'Inde" est une sélection illustrée de ceux "d'Au bord du Gange". J'ai aussi écrit des essais. Au travers de ces différentes formes de témoignage, j'essaie de toucher chacun où il en est. Certains vont tendre la main vers des contes parce qu'ils ont besoin de passer par l'intuition, d'autres prendront les essais parce qu'ils ont besoin d'analyse intellectuelle. Quel est le bon chemin? Reconnaître le nôtre est malaisé, alors celui d'autrui...? Vous avez eu un maître dans l'art de conter ? Non, mais j'ai travaillé mon clown pendant plusieurs
années. Quel fut votre premier contact avec l'Inde ? Mon premier contact a eu lieu quand j'avais 21 ans, puis
j'ai tourné, viré, cherché. l'Inde n'est pas le pays
de mes rêves d'enfant. Je rêvais d'Egypte. Au Pakistan où
j'ai vécu quelques années, j'ai rencontré des soufis,
un enseignement bouddhiste et des chamanes. En Indonésie j'ai rencontré
d'autres chamanes et le bouddhisme grâce au temple du Borobudur.
Donc il y a l'Inde dans votre parcours ? Enfant je ne connaissais pas l'Inde, je voulais être
religieuse. A neuf ans je l'ai annoncé, la réponse de ma
mère fut plutôt abrupte. J'ai donc gardé mon projet
pour moi. A presque vingt-et-un ans (la majorité en France à
l'époque), j'ai entrepris les démarches pour devenir dominicaine.
La Mère supérieure extrêmement fine avec qui j'ai
beaucoup parlé, parce qu'on n'entre pas si facilement au couvent,
m'a dit : "Martine, il faut voyager, faites le tour du monde, ensuite
vous reviendrez. Alors, si vous voulez toujours être dominicaine,
vous le serez". J'avais l'impression qu'elle me mettait à
la porte, que je n'étais pas à la hauteur pour être
acceptée. C'était une grande douleur. A 21 ans je suis partie au Pakistan. J'étais recrutée locale au service culturel de l'Ambassade de France. J'ignorais encore tout de l'hindouisme. J'étais si naïve que je me préparais à vivre dans des huttes en chaume avec un sol en terre battue. Hélas, il y avait déjà beaucoup de béton! J'y ai étudié les Kafir Kalash, rencontré des soufis et un bouddhiste. Ce fut mon tremplin pour mon premier voyage en Inde. Les Kafir Kalash installés au nord-ouest du Pakistan, m'ont offert mon plus beau mantra (mots incitant à la méditation). Vous avez passé du temps là-bas ? Sept ans au Pakistan avec de nombreuses expéditions
chez les Kafirs. Vous parliez d'un mantra que les Kafir Kalash vous avaient donné. Ils chantaient ce mantra le soir au cours des danses rituelles
qui dégageaient une grande énergie, une grande beauté....
Comme je dansais avec eux, je l'ai appris. Longtemps je l'ai emporté
simplement comme un chant apaisant, sans comprendre ce qu'était
un mantra. Je ne l'utilisais donc qu'auprès d'eux. D'autant plus que les traducteurs n'ont pas souvent l'expérience spirituelle nécessaire. Les textes ont souvent été traduits par des moines et des moniales. Mais il ne suffit pas d'être en chemin pour être arrivé... Je m'étonne souvent du manque de qualité et de profondeur de certains moines de toutes traditions, pas seulement chrétiens. Mais ils sont en chemin faute d'être arrivés! Tant que nous nous croyons en chemin nous nous éloignons de la béatitude. Surtout quand, avec une grande sincérité, nous nettoyons la boue du fond, nous grattons intensément pour mettre notre lie en circuit afin que l'eau vive l'emporte et nous lave. Pendant un temps, la gadoue envahit tout et nous semblons plus perdus, plus enténébrés que ceux qui ont laissé leur ombre intouchée au fond de la rivière, sous l'eau transparente. Les voyant, on pourrait souvent dire "Oh, ils vont bien" mais combien pensent, comme Henri Calet: "Ne me secouez pas, je suis plein de larmes". Donc, vous étiez d'abord chez Swami Ramdas ? Oui, mais je n'ai jamais rencontré Ramdas, j'étais
trop jeune quand il est décédé. J'ai rencontré
Mataji Krishnabhai. L'ashram de Rishikesh est lié pour toutes sortes
de raisons avec celui de Ramdas. Quand le cancer de Mataji Krishnabhai
l'affaiblissait trop, quelqu'un de Rishikesh venait pour présider
les grandes cérémonies. Souvent c'était swami Chidananda,
le Président de la Divine Life Society. Il est venu, m'a rencontrée
et, sans que je ne demande rien - je n'avais aucune demande à présenter
à cet homme-là puisque je me croyais reliée à
Ramdas - il m'a donné une initiation et m'a dit d'aller à
Rishikesh. J'y suis allée en résistant, par le chemin des
écoliers. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. D'abord j'ai
sillonné l'Inde pour tenter de savoir si j'étais sur la
bonne route : à Tiruvannamalai, auprès du Samadhi de Ramana
Maharashi, j'ai interrogé son disciple Annamalai, et aussi Swami
Ramsuratkumar surnommé le swami à l'éventail (panka
swami), A Hardwar j'ai reçu la bénédiction de Chandra
Swami, à Delhi celle de A. Parthasarathy. Enfin je suis allée
voir Bede Griffith, pensant: "Voilà cinquante ans qu'il est
en Inde, c'est un bénédictin, un occidental, il va pouvoir
m'aider à y voir clair". Il a su me rassurer. Je suis alors
partie pour Rishikesh et me suis incrustée en Inde. Appelée ? Appelée, vraiment. A l'époque j'étais psy'. Un jour j'ai cru entendre un patient me dire d'aller voir Mataji Krishnabai. Il n'en était rien, il ne la connaissait pas. Je voulais, les consultations terminées, me demander sérieusement pourquoi j'avais entendu cela, mais j'ai oublié de m'interroger. Plusieurs nuits plus tard, je dormais auprès de mon mari et j'ai été réveillée par une voix très forte : "Puisque je te dis d'aller voir Mataji Krishnabhai!" Je n'ai pas regardé sous le lit, c'était à un autre niveau. Le cur battant, j'ai voulu me recoucher mais ne le pouvais pas: un étrange "ressort" m'empêchait de m'allonger. J'ai alors pris la décision d'aller la voir, aussitôt j'ai pu m'allonger et dormir. Le lendemain matin, je me suis demandé "comment ?", mais tous les obstacles potentiels se sont volatilisés. Alors je suis venue chez Ramdas, appelée, du moins je le pensais, par Mataji Krishnabhai. Elle était très faible mais elle a répondu : "Quand le disciple est prêt, le maître arrive". Cette réponse m'a glacée, j'ai fondu en larmes pensant: "Je le sais, c'est écrit partout, inutile de me faire venir de si loin pour me le dire". J'étais déroutée. En sortant de sa chambre on m'a annoncé l'arrivée de Swami Chidananda dont je ne savais rien. Trois jours après son arrivée, il me donnait l'initiation que je ne lui avais pas demandée. Voilà comment je me suis revenue régulièrement
en Inde après l'avoir délaissée, croyant avoir trouvé
tout ce dont j'avais besoin ailleurs. Vous avez donc voyagé. Vous avez parcouru le monde et trouvé votre voie. Et je ne suis pas devenue Dominicaine. Voilà comment s'est formée la personne qui a écrit les contes que vous avez lus, comment ma vie autrefois douloureuse et compliquée s'est simplifiée, comment j'ai trouvé de l'aide pour m'élaguer. Voilà de quoi je prétends témoigner par l'écriture, la peinture, le conte.
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