"LES INDES REUNIONNAISES"
Portail des Cultures Indiennes de la Réunion
Mai 2004
Interview de Martine Quentric-Séguy par Philippe Pratx
Martine Quentric-Séguy : "J'ai écrit surtout pour transmettre
l'esprit du Védanta"
La sagesse et la spiritualité indiennes sont une source intarissable
pour qui est en quête... de soi, de Dieu, de l'harmonie, de l'Absolu...
Que la parole transmettant cette sagesse et cette spiritualité passe
par la bouche d'une non indienne n'enlève rien à leur authenticité.
Ecoutons ainsi Martine Quentric-Séguy,
auteur notamment de nombreux contes "indiens".
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Interview Contes des sages de l'Inde
Miracle ! (conte inédit)
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Interview
" IR : Martine Quentric-Séguy, pouvez-vous tout d'abord vous présenter à nos visiteurs ?
MQS : La soixantaine, j'ai
vécu un tiers de ma vie entre l'Inde, le Pakistan et l'Indonésie.
Psychothérapeute et peintre, j'écris pour témoigner.
" IR : A quand et à quelles circonstances
remonte votre passion pour l'Inde, si le mot passion est approprié ?
MQS : Je n'ai pas de passion
pour l'Inde en soi, mais j'ai trouvé les réponses que je cherchais
dans ses philosophies. Je porte une grande reconnaissance à ses sages.
J'ai cherché le moyen de me guérir des expériences de la
vie que je ne parvenais pas à digérer sans aide. Ce faisant, j'ai
d'abord cherché au plus près de la tradition familiale dans le
Christianisme suivant tour à tour les enseignements des catholiques,
des protestants et des orthodoxes. J'ai pris la décision d'être
dominicaine mais la Mère Supérieure m'a conseillé de "voir
le monde" avant d'entrer au couvent. J'ai suivi ses conseils. C'est ainsi
que j'ai rencontré l'Islam dans sa beauté, des chamanes, le Bouddhisme,
les multiples formes de la psychologie occidentale,... et finalement la voie
du Vedanta dans l'Hindouisme.
" IR : Vous vivez à présent en Inde
: Cela a-t-il changé votre vision de ce pays ?
MQS : Oui, comme beaucoup
d'occidentaux je fantasmais l'Inde. Aujourd'hui, je la vois un peu mieux, mais
c'est un continent plus qu'un pays, qui peut connaître tout un continent
en une seule vie ?
Ce qui a changé surtout, c'est ma façon de comprendre les enseignements
trouvés dans les livres. En voyant sur place ce que cela signifie, les
mots ont pris un autre sens parfois.
Ainsi la "compassion" bouddhiste n'a rien à voir avec le même
mot en occident : c'est l'un de ces "faux amis" de la traduction.
Et quand un Maître indien nous parle de "contrôle des sens"
il n'évoque aucunement les mortifications des chrétiens. C'est
important de remettre les idées en ordre avant de se mettre en chemin.
" IR : Quelle est votre vision de la religion et
de la spiritualité hindoues ?
MQS : Il n'y a pas une mais
des voies religieuses en Inde. Un jour dans un train un voyageur m'a demandé
: "quelle est votre folie ?". J'étais surprise assurément,
il a expliqué : "Si vous avez une idée de ce que vous cherchez,
il y a quelqu'un en Inde pour vous accompagner, on trouve tout en Inde !".
Et c'est vrai : Ici, il suffit de chercher sincèrement, tout sera toléré,
et tout trouve un lieu, un moyen, une communauté pour support. C'est
la richesse de l'Inde qui attire, mais parfois effraie, les touristes.
Comme tout est possible, on peut sombrer dans le pire chaos, ce qui se voit
couramment, ou retrouver la Source de tout ce qui est, cela se voit aussi. Or,
pouvoir voir, de nos propres yeux, des sages vivant parmi nous, est un cadeau,
une grâce formidable : Voici des humains qui ont deux bras, deux jambes,
qui mangent et dorment, qui parlent et marchent comme nous et qui sont passés
de l'autre côté des masques et des miroirs. Puisque des humains
ont pu le faire, nous pouvons le vivre aussi : Quelle promesse !
" IR : Vous avez suivi les enseignements d'un Maître
védantin. Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce courant spirituel
?
MQS : Le Védanta est
l'une des voies de l'Hindouisme ou plutôt du Sanâtana Dharma. Le
mot "hindouisme" fut inventé par des occidentaux qui ont parlé
de tout ce qui se disait, vivant, pensait au-delà du fleuve "Sindh",
tout ce qui était "Sindhou"... Pour les indiens, il s'agit
de Sanâtana Dharma : L'éthique et les lois cosmiques éternelles.
Il s'agit donc de retrouver le fil d'une conformité avec le juste fonctionnement
de l'être, du monde, de ce qui est imperceptible pour les six sens. Car
aux cinq sens matériels reconnus en occident s'ajoute le mental, sens
immatériel mais important dans notre fonctionnement.
Le Védanta est une voie par laquelle notre mental, notre intellect puis
notre intuition mènent l'enquête en vue de reconnaître que
"tat tvam asi" : "Cela, tu l'es", et "Ce qui est, Est,
Un sans second".
" IR : Nombre de vos écrits sont des "contes
indiens". Avez-vous préalablement étudié de près
la tradition narrative indienne, les contes du Panchatantra ou autres ouvrages
anciens et modernes? En quoi consiste l'indianité de vos textes ?
MQS : J'ai écrit surtout
pour transmettre l'esprit du Védanta. Il y a des essais qui peuvent sembler
difficiles. En écrivant des contes j'ai suivi l'exemple des maîtres
: Lorsqu'une explication purement philosophique nous laissent bouche bée,
ils donnent un conte qui dit la même chose, autrement. Souvent j'ai compris
ainsi par l'intuition et le coeur ce que mon intellect ne parvenait pas à
saisir.
Ce n'est qu'après avoir publié des livres de contes que je me
suis plongée dans la tradition écrite. Tout ce que je raconte
je l'ai reçu de bouche à oreille, en situation, en réponse
à mes questions brûlantes. Quant à leur indianité,
il se peut que tant d'années ici m'aient donné un peu du parfum
du lieu.
" IR : Pourriez-vous évoquer plus en détail
ce très beau petit livre Contes des sages de l'Inde, publié au
Seuil ? Il se donne comme un livre qui "n'est pas fait pour être
lu mais pour être fréquenté comme un ami proche, secret".
Qu'est-ce à dire ? Quelle est cette sagesse que laisse déjà
apparaître le titre ?
MQS : Les Contes inclus dans Contes des sages de l'Inde sont une sélection faite par le Seuil, de quelques uns des contes du livre Au bord du Gange publié auparavant chez eux. Au bord du Gange tentait, en soixante-dix-sept contes, de faire parcourir, dans un ordre traditionnel, toutes les bases de l'enseignement du Védanta. Les Contes des sages de l'Inde offrent des moments de réflexion. Le livre peut être ouvert n'importe où en fonction du besoin du jour. J'aimerais que les mots qui viennent sous ma plume soient un tremplin pour trouver ce pur "Je Suis" que nous sommes.
" IR : Terreur, le Cheval Merveilleux est destiné
au public enfantin : que raconte ce texte ?
MQS : Pour assister le prince
héritier dans sa future gestion du pays, le premier ministre de Champâpuri,
à la demande du roi vieillissant, part en quête du "Cheval
Merveilleux" qui donne à celui qui le monde sagesse, courage, invincibilité.
Un marchand de chevaux promet de le lui apporter s'il le trouve. Or, alors qu'il
est dans son troupeau il ne le reconnaît si peu qu'il ne l'aime pas et
l'a surnommé "Terreur". Il trouve d'ailleurs un moyen de l'abandonner
en route chez un potier. "Terreur" et le potier deviennent vite amis.
Champâpuri recevra l'aide de "Terreur" non grâce à
son prince pusillanime, mais grâce à une petite princesse et au
potier qui, eux, sont en adéquation naturelle avec la "Merveille".
" IR : Que cherchez-vous à procurer au jeune
public à travers un tel ouvrage ?
MQS : Il y a d'abord une image
de ce que peut être une amitié sincère. Ensuite et surtout,
ce conte est une image de la quête de "Ce" qui nous rendra forts,
heureux, éternels. Certains cherchent "le Cheval Merveilleux"
pour obtenir une protection toute matérielle, et ne le trouvent pas.
D'autres l'ont et ne le reconnaissent pas. Ceux qui le voient trouvent sa présence
toute naturelle et l'aiment sans demander autre chose que Sa Présence.
Ceux-là non seulement trouvent le bonheur mais encore l'apportent aux
autres.
Puissions-nous tous devenir "féminins, enfants, potiers (le potier
est une image du divin qui créa Adamah "le glaiseux").
" IR : Quels sont désormais vos projets ?
La Réunion et les Réunionnais, d'origine indienne notamment, peuvent-ils
espérer vous rencontrer sur l'île ?
MQS : Je n'ai pas de projets : Chaque fois
que mon mental a imaginé une suite à ma vie, "Cela"
(ou "Dieu" ou... ?) en a décidé autrement. J'écoute,
je flotte au gré de la vie. Il se peut que j'écrive puisqu'on
m'a demandé deux livres, il est pensable que je peindrai, que je conterai,
que je tendrai la main à ceux qui viennent voir la psychothérapeute.
Je serais très heureuse de venir à la Réunion et de rencontrer
les Réunionnais. Je n'ai pas de projet personnel en ce sens, mais si
cela doit être, cela sera, n'est-ce pas ?
La seule chose essentielle qui n'est pas un projet mais un besoin, comme l'air
et l'eau : Il faut que je médite et m'établisse en sereine adéquation
avec "Ce qui dit Je en moi".
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